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Broselianda Hernández : le don de la métamorphose

Broselianda  Hernández : le don de la métamorphose

En la regardant bien en face, vous vous heurterez à un amas de questions et propositions, tels des sentiers attirants qui se dédoublent et conduisent à une série d’expériences émouvantes qui laissent un goût spécial. On découvre rapidement son rapport avec le sens ; une équation radicale qui semble être décisive au moment d’accepter ou de rejeter des personnages.

Avec elle tout se déroule dans la pénombre, dans une ambiance voilée qui reflète sa capacité d’interprétation. Un autre trait important caractérise cette femme, sa voix, avec laquelle elle fait des merveilles, comme, par exemple, créer un univers de tournures qui séduit et qui aide à mieux saisir l’essence de la représentation.

Broselianda, qui aime la parodie, est une artiste convaincue du fait que l’humeur est un élément essentiel pour faire face à la crudité de la mémoire, au défi du présent et à l’incertitude du futur. Au fur et à mesure qu’elle rencontre les sensibilités, elle s’y approche d’une manière très singulière et construit des fictions que l’on ne trouverait nulle part. Ce travail a une similitude avec les exercices de style. Je suis sûr qu’ils contribuent à élargir les possibilités expressives.

Elle dit, faisant allusion à ses passions, qu’elle a un penchant pour l’oeuvre de García Lorca, qui se caractérise par son actualité et sa vigueur, qui semble se multiplier au fil des ans. Elle est fière d’avoir joué le rôle de Yerma, sous la direction d’un homme incontournable du théâtre cubain : Roberto Blanco. Il y a, semblé-t-il, une étroite relation entre elle et le monde de Lorca.

La vie elle-même lui a permis d’enrichir son travail et de rendre celui-ci plus crédible. Au cours de ce processus, elle se dote d’une vision très éclectique et intense de la réalité. Elle n’impose pas de limites : elle transgresse en recourant à l’audace de l’esprit et à la posture du corps. Elle est attirée par les grands défis, les antihéros, les situations complexes, les dénouements inattendus, les solutions qui entrent par la porte de derrière et qui laissent tout le monde bouche bée.

Elle est, à n’en pas douter, une femme à plusieurs lectures. Ouverte à des expériences multiples, elle a essayé de retenir tout ce qui l’aide à mieux se comprendre et se connaître. Amoureuse de la littérature, elle a lu aussi bien des œuvres de Julio Cortázar que de Marguerite Duras, reprenant cette sorte de suspense que l’on trouve dans les livres inoubliables.

Lorsqu’elle fait allusion à ses contemporains, elle ne se limite pas au monde de la représentation ; elle parcourt plusieurs espaces de création et réunit des sensibilités avec lesquelles on pourrait construire un fabuleux amalgame de sensations ; là, les fameux et les anonymes coexistent sans la moindre discrimination.

Depuis 1987, année où elle obtient son diplôme à l’Institut supérieur d’art de La Havane, elle a eu la possibilité de resserrer des liens avec les grandes figures du théâtre cubain contemporain, dont Vicente Revuelta, Flora Lauten, Roberto Blanco, José Antonio Rodríguez et Carlos Díaz. Lors d’une interview accordée à Jorge Smith, elle a déclaré : 

Roberto Blanco a été le premier directeur à se rendre compte que j’avais des aptitudes pour le théâtre. Il a été pour moi un cadeau, une prémonition. José Antonio Rodríguez, un autre grand maître, m’a offert le rôle d’Ophélia. C’est lui qui m’a donné la première opportunité ; nous étions simplement une grande famille ; il était mon père, mon ami. Si le théâtre a encore du sens pour moi, c’est grâce à lui. Carlos Díaz est mon Almodóvar. Entre nous deux, il y a une énorme confiance et admiration. J’ai été sa Juliette, son Scipion dans Caligula, sa Cordélia dans le Roi Lear et, plus récemment, sa Phèdre. Avec la compagnie Teatro El Público, berceau de mes monologues improvisés, j’ai passé des moments inoubliables. Carlos est un monstre du théâtre ; un être unique qui vit en grand ; il est démesuré, fragile, vigoureux, nerveux, redouté. Un jour, il m’a dit : si j’étais une femme, je voudrais être comme toi. Moi, si j’avais été un homme j’aurais voulu être comme Carlos Díaz, celui de Las Charangas de Bejucal et de La niñita querida.

Broselianda a vécu une importante aventure quand elle a reçu une invitation pour faire du théâtre aux États-Unis, suite à un casting réalisé par Hugo Medrano, directeur du Gala Spanic Theater à Washington. Elle y a séjourné pendant cinq mois. Elle se souvient avec plaisir de la mise en scène de La noche de los asesinos, pièce emblématique du théâtre cubain, écrite par José Triana.

Elle a déclaré que la télévision n’était pas son média préféré. Cependant, les téléspectateurs rappellent avec plaisir son excellente prestation dans certaines télé pièces, ainsi que dans les téléromans Cuando el agua regresa a la tierra (début marquant sur le petit écran) et Las Honradas. N’oublions pas sa participation aux séries Doble Juego et Diana.

Avec le cinéma, c’est différent. Elle a été tout d’abord sollicitée par des réalisateurs étrangers, avec lesquels elle a joué dans des films comme Tiburón en La Habana (France-Cuba), du cinéaste Alain Naltum ; Sabor latino (Espagne?Cuba), sous la direction de Pedro Carvajal ; Cosas que dejé en La Habana (Espagne-Cuba) et Una rosa de Francia (Espagne), films de Manuel Gutiérrez Aragón ; et Siempre Habana (Espagne), dirigé par Ángel Peláez.

En ce qui concerne le cinéma cubain, elle a joué dans les films suivants : Las profecías de Amanda, de Pastor Vega ; Nada, de Juan Carlos Cremata ; Barrio Cuba, de Humberto Solás ; La Anunciación, réalisé par Enrique Pineda Barnetet José Martí: el ojo del canario, sous la direction de Fernando Pérez.

La plupart des admirateurs de Broselianda Hernández estime que sa prestation dans le film José Martí: el ojo del canario (2010) a marqué un jalon qui lui impose de nouveaux défis. Dans ce film, elle a joué le rôle de la mère de José Martí, un homme d’une taille colossale qui doit soutenir parfois le poids excessif de l’histoire et de l’idéologie. À mon avis, l’un des grands mérites de Broselianda et d’autres acteurs a été de désacraliser en quelque sorte cette personnalité, afin qu’il puisse être perçu par les spectateurs depuis une optique plus humaine.

Mars 2015 CET ARTICLE FAIT PARTIE DU NUMÉRO DE Mars 2015 DE WHAT’S ON LA HAVANE LE MEILLEUR GUIDE CULTUREL MENSUEL DE VOYAGE À LA HAVANE Téléchargez notre dernier numéro de What’s On La Havane, le guide de voyages, de culture et de loisirs le plus complet sur tout ce qui se passe à La Havane, la mystérieuse et grouillante capitale de Cuba. Nous incluons des articles provenant de tous les coins de Cuba écrits par les meilleurs auteurs internationaux de voyage et de culture spécialisés sur Cuba. Notre revue digitale mensuelle en ligne peut aussi être consultée en anglais et en espagnol.


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