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Candelario : de la subjectivité à l’utilitaire

Candelario : de la subjectivité à l’utilitaire

Il n’est pas difficile, après un échange d’opinions, de déceler la question clé qui l’amène maintes fois à s’investir dans des projets inclusifs et dynamiques, à savoir À quoi dois-je ce que suis aujourd’hui ? L’homme cherchera alors une réponse qui l’aide à se débarrasser de tous les détails futiles qui l’empêchent de se sentir satisfait et de trouver des repères. Dans le cas de Candelario, la réponse aura toujours une valeur esthétique évidente, tel un réservoir et un creuset des inquiétudes, comme s’il s’agissait de fléchettes lancées sans arrêt.

Les pieds bien posés sur la terre, celle des périphéries, il observe tout ce qui se déroule autour de lui, notamment dans les centres. Il ouvre son esprit de manière inquiétante, dans une sorte d’obsession de joindre une pensée collective à même de l’enrichir suite à un processus de contamination apparente, marqué par la promiscuité.

Les stratégies choisies pour mettre l’individu face à sa mémoire attirent l’attention. Il lui donne en même temps quelques outils lui permettant de dépasser cette immédiateté qui devient d’ordinaire habituelle et qui empêche la véritable auto-reconnaissance, capable d’éveiller et de mettre en marche, pour le bien de la communauté, les potentialités individuelles.

Ce rapport compliqué, et à la fois fascinant, entre les êtres humains et tout ce qui les entoure, y compris les autres, a besoin d’oxygène. Il faut dynamiter sa rigidité et éliminer des tensions de telle sorte qu’au lieu d’une expérience de châtiment marquée par la surveillance, il devienne un processus dont les différentes manières d’expression soient caractérisées par le plaisir. Dans le cas spécifique de l’art, une question se pose : Comment contourner tout ce qui restreint la liberté ?

En conséquence, il est aisé de comprendre pourquoi certaines de ses œuvres constituent des projets qui favorisent les actions et les aspirations qui ne trouveraient pas de réponse de la part des institutions. Tel est le cas de MAC/SAN, le musée d’art contemporain du quartier de San Agustín, et de son système de télévision, qui démocratise ce média dans une sorte d’insinuation parodique.

Candelario fait aussi appel à l’art performance de manière novatrice, non pas pour séduire ou duper le spectateur, mais pour l’intégrer et l’inviter à une relecture de la vie urbaine à laquelle il peut participer avec son corps. Il est donc évident qu’il souhaite un nouveau type de consommateur de l’art et qu’il s’agit d’une urbanité marquée par l’histoire sociale d’un quartier périphérique.

Ces performances sont précédées d’un processus qui met en relief d’autres aspects de son talent. Tout d’abord, la capacité de créer des conceptions en parfaite harmonie avec la dynamique de ce qui sera montré dans la rue et où ses qualités en tant que dessinateur jouent un rôle de tout premier ordre.

Pour Candelario, le dessin est une espèce de crypte d’où il sort pour communiquer avec les autres, une zone fertile où couve tout ce que dans l’avenir aspirera à une autre dimension « matérique ». Son irrévérence dans l’utilisation de ce langage prend corps au moment précis où tous les éléments nutritifs distillés par l’intense subjectivité commencent à se matérialiser et à être visibles dans un sens plus pragmatique et utilitaire.
Ses dessins constituent en soi des univers légitimes, des métaphores qui explorent et montrent le lien entre l’homme et les espaces. Ils nous parlent de rapports difficiles, de friction permanente. Ils deviennent un moyen sagace de visualiser divers conflits et, notamment, d’identifier, dans l’univers intérieur des citoyens, le moment où ces conflits se déclenchent. Certains de ces dessins sont remarquables, dont la trilogie Captura de presencia, La cama et Vientos urbanos.

Captura de presencia est une sorte d’essai lucide sur le mouvement. Il montre des séquences susceptibles de stoker les contretemps qui nous accompagnent lors des périples citadins. L’artiste laisse entrevoir trois questions fondamentales : la mobilité, la vie en commun et la subjectivité découlant des échanges ininterrompus.

La cama semble être une conséquence de Captura de presencia. L’artiste montre l’intimité contaminée. Tout porte à croire que les flux oniriques ont trahi l’individu justement dans l’espace où il est hypothétiquement invulnérable aux forces extérieures. La surface sur laquelle il dort semble être virtuellement sous le contrôle de la structure d’un quartier spécifique. Sur l’œuvre on peut lire : « San Agustín est une ville-dortoir ».

Vientos urbanos fait preuve d’un plus grand dynamisme. L’artiste tourne en dérision, moyennant des éléments symboliques tels que les briques Lego, la relation entre la pensée et la scène sur laquelle elle se projette. Des voies de communication qui sous-tendent et conscientisent ce flux incessant qui, dans tous les cas, exerce une influence sur le comportement humain, sont créées.

Equipaje personal est l’une de ses expositions les plus complexes, tendues et chargées de significations. Organisée à Miami et lourde d’une charge, aussi bien conceptuelle qu’affective qui devait être à la hauteur des exigences, l’exposition donne à l’interaction un rôle de tout premier ordre. L’une des pièces clé est une sculpture qui permettait au spectateur de faire un appel téléphonique. Pour y parvenir, la personne devait s’approcher et à un moment donné presque crier pour être entendue. De manière inconsciente elle reproduisait une habitude peu commune dans l’exil, mais fréquente dans l’île. Ainsi, pendant quelques instants, le spectateur revient à son passé à partir de ce pont construit par l’art.

Candelario a finalement décidé de me parler de l’œuvre qu’il présentera en mai et juin 2015 dans le cadre de la douzième Biennale de La Havane. Il s’agit d’une sculpture qui est aussi un bâtiment habitable et qui sera installée dans le patio du Centre d’art contemporain Wifredo Lam. Les visiteurs pourront s’y installer pendant quelques jours. Le bâtiment sera par la suite démonté et ses parties seront vendues aux enchères en tant que sculptures. Ainsi, les acheteurs pourront les installer n’importe où.
Mai 2015 CET ARTICLE FAIT PARTIE DU NUMÉRO DE mai 2015 DE WHAT’S ON LA HAVANE LE MEILLEUR GUIDE CULTUREL MENSUEL DE VOYAGE À LA HAVANE Téléchargez notre dernier numéro de What’s On La Havane, le guide de voyages, de culture et de loisirs le plus complet sur tout ce qui se passe à La Havane, la mystérieuse et grouillante capitale de Cuba. Nous incluons des articles provenant de tous les coins de Cuba écrits par les meilleurs auteurs internationaux de voyage et de culture spécialisés sur Cuba. Notre revue digitale mensuelle en ligne peut aussi être consultée en anglais et en espagnol.


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