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Latitude 21°- Voyage introspectif

Latitude  21°- Voyage introspectif


En tant que Hawaiien, dès que j’ai visité Cuba pour la première fois en juillet 1993, j’ai ressenti une vive sympathie pour Cuba et son peuple. Susan Rubin, une amie dramaturge de Los Ángeles, m’avait demandé d’être le producteur itinérant de son œuvre Vida y muerte-El Show de Vodevil au Festival des Caraïbes, qui se tient à Santiago de Cuba. Accompagné d’une douzaine de Nord?Américains qui se rendaient eux-aussi pour la première fois à cette zone de l’inconnu, nous avons présenté cette œuvre à un public enthousiaste au Cabildo Teatral de Santiago de Cuba et dans d’autres localités de la deuxième capitale de Cuba. Là, nous avons été reçus avec la même cordialité et spontanéité, et que nous appelons dans notre pays « esprit Aloha ». Héritier d’une culture insulaire, les inconnus que l’on rencontre à Hawaii, laissent de l’être rapidement, au moins ceux que nous accueillons parmi les milliers qui arrivent à nos côtes et qui sont aisément enveloppés par les rythmes mélodieux de notre mode de vie.

Il en va de même pour tous les amis cubains que j’ai eu l’occasion de rencontrer cette année à Santiago de Cuba, dont le remarquable cinéaste Tomás Gutiérrez Alea, la comédienne Mirtha Ibarra, les plasticiens Pedro Pulido et Asela Díaz et Eduardo Uribazo. Je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’une simple relation fortuite entre Cubains et touristes. Ce n’est que quelque temps après que j’ai appris que Cuba et Hawaii, bien que séparés par presque 5 000 milles, partagent la même latitude polaire 21° au nord de la ligne équinoxiale. Que ce soit le lien géographique ou quoi que ce soit, une chose est certaine, et c’est que cela nous a uni. Je dois avouer que ce premier voyage, qui a changé ma vie, a eu une importante incidence sur mon évolution comme personne.

Pendant mon adolescence, j’ai exercé le métier de photographe ambulant. Or, mon objectif était de développer mes habiletés comme écrivain et réalisateur de cinéma. Voilà longtemps que je ne prenais pas de photos. Mais ce voyage à Cuba à éveillé chez moi, à l’instar d’autres personnes, des perceptions et sensibilités gardées dans mon âme des années durant.

En 1996, j’ai rencontré à nouveau à Santiago mon ami, déjà décédé, Juan de Mata Montero Reyes, que j’avais connu quelques années plus tôt au Cabildo Teatral Santiago, où il a travaillé comme éclairagiste pendant plus de 25 ans. L’Union nationale des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC) m’avait invité à exposer mes photos de 1993.

Mes rencontres photographiques avec Cuba et son peuple font partie de ma quête permanente de ces moments où les vies s’entrecroisent, où les gens se présentent tels qu’ils sont, soit personnellement, soit à travers la lentille, où nos regards se rencontrent.

En 1998, j’ai acheté la compilation Bossa Cubana au Centre d’études cubaines à New York et c’est alors que j’ai découvert ce grand groupe vocal cubain, Los Zafiros. J’ai été vraiment impressionné par l’esprit optimiste du groupe et la profondeur de la mélancolie de ses chansons.
Les riches harmonies vocales et le mélange fascinant de doo-wop, son, bossa-nova, feeling et rythmes afro-cubains étaient caractéristiques, ainsi que les thèmes fabuleux des grands compositeurs cubains avec qui il a travaillé, dont Rolando Vergara, Luis Chanivecky, José Robles Díaz, Oscar Aguirre de Fontana, et bien d’autres. Je n’aimais pas beaucoup le doo-wop (pour moi, c’était de la musique pour les vieux gens), mais Los Zafiros ont modernisé ce style de ce côté du Malecón (boulevard de mer). J’étais fasciné par l’histoire de ces amis, des voisins du quartier havanais de Cayo Hueso, désireux de chanter et de parvenir à la célébrité. L’histoire classique des musiciens de rock-and-roll est personnifiée par Kike Morúa, Miguel Cancio, Ignacio Elijalde, Eduardo Elio Hernández et Manuel Galbán. Une vertigineuse réputation suivie d’un déclin rapide, puis de l’oubli. Tout cela dans le cadre romantique et défiant de la volcanique Révolution cubaine.

Los Zafiros constituent une légende qui a touché beaucoup de personnes. Leur musique et l’histoire et le sentiment qu’elle renfermait m’ont poussé à une autre entreprise cinématographique hasardeuse. Conjointement avec Víctor Pina Tabío, mon talentueux et dynamique assistant de direction à La Havane, nous avons créé une équipe qui a tourné dans la ville pendant quatre semaines en décembre 2001.

Plus de trente ans après leur séparation, les deux membres du groupe, encore vivants. Manuel Galbán, qui a reçu plusieurs fois le prix Grammy et ancien membre du Buena Vista Social Club, et Miguel Cancio (seul membre du groupe encore vivant), cofondateur du groupe, ont posé devant nos caméras dans les rues de La Havane d’aujourd’hui, un endroit plein de chansons inoubliables et de souvenirs pour eux et pour leurs fans fidèles.

Nous avons trouvé des matériaux d’archive évocateurs, des actualités cinématographiques et des annonces de télévision, liés à l’histoire de Los Zafiros et à la vie à Cuba, à un moment où la guerre froide avec les États-Unis battait son plein. Comme citoyen nord-américain, il était évident qu’aborder le thème politique aurait été une erreur fatale et stupide. Comme cinéaste, en me guidant par mon instinct, j’ai axé mon attention sur la musique et les gens les plus touchés. Los Zafiros ont interprété la bande sonore de milliers de vies. La légende s’enrichissait au fur et à mesure que je perçais. Les personnalités différentes des cinq membres principaux et le destin de trois d’entre eux constituaient une histoire compliquée du point de vue humain et du monde du spectacle, à l’instar de toute autre bande qui triomphe en grande pompe. 

Bientôt, je me suis rendu compte que j’avais eu l’honneur de raconter toute l’histoire de l’un des groupes les plus renommés de Cuba. Mon objectif était de disparaître, de faire en sorte que la nationalité du cinéaste ne figure jamais dans l’histoire. D’où la décision de tourner le film surtout en espagnol et sans narrateur. L’histoire serait racontée par ceux qui y ont participé et par ceux qui avaient une opinion digne de foi sur le groupe et son histoire. L’objectif était de créer un exceptionnel portrait de Los Zafiros capable de bouleverser ceux qui les avaient connus et le nouveau public.

Los Zafiros “Music from the Edge of Time” a été projeté pour la première fois lors du Festival international du nouveau cinéma latino-américain, en décembre 2002. L’accueil chaleureux dont ont fait l’objet le film et moi semble confirmer que l’histoire de « Los Beatles de la Cuba des années 1960 » a été inoubliable, et que sa signification a largement dépassé mes attentes. Nombreux sont ceux qui ont été surpris en sachant que le cinéaste n’était pas un Cubain : un grand éloge. Beaucoup de personnes âgées m’ont dit que grâce au film elles se sentaient plus jeunes. Ces sentiments magnifient le travail réalisé par moi et par mon équipe pour préserver ces vies et cette musique pour les futures générations. Il ne faut pas oublier qu’à la même époque où John, Paul, George et Ringo étaient The Beatles à Liverpool, un autre groupe, qui se formait à Cuba, éveillerait un degré de passion similaire aussi bien à Cuba qu’en Europe. Aussi bien hier qu’aujourd’hui, au bout de cinquante trois ans après sa fondation en 1962, Los Zafiros resplendissent comme un phare scintillant d’une autre époque. Cela rappelle que les liens qui s’établissent entre gens et les pays répondent non pas aux idéologies, mais à l’amour de grands personnages, de belles histoires et de musique véritablement grandiose.

Lorenzo DeStefano
23 février 2015


Lorenzo DeStefano
Né à Honolulu, îles Hawaii, Lorenzo DeStefano est membre de La Guilde des réalisateurs d’Amérique. Réalisateur du documentaire à succès Los Zafiros “Music from the Edge of Time” sur les « Beatles » cubains des années 1960 (www.loszafirosfilm.com). Il réalise actuellement le documentaire Rachel Flowers – Hearing is Believing sur une jeune et talentueuse musicienne et compositrice californienne aveugle de naissance  (www.rachelflowersfilm.com). Pour en savoir plus sur l’œuvre de DeStefano en tant que réalisateur, écrivain et photographe, rendez-vous sur  www.lorenzodestefano.com.

Prix
Prix Vallonea – Meilleur documentaire
Salento Film Festival
Meilleur documentaire musical
Park City Film Music Festival
Prix spécial
Festival Santiago Alvarez
Meilleur documentaire
Premio Imagen
Meilleure musique de film
Cmj Music Marathon
Grand Prix du Festival
Berkeley Film & Video Festival
Meilleur documentaire artistique
Wine Country Film Festival

Commentaires de la critique spécialisée
« Personne ne saurait rester impassible […]. Le réalisateur opère un tel sortilège qui vous empêche de quitter le siège, et ce même après l’apparition du générique. » NPR Fresh Air

« Un film beau et tendre […] pléthore d’émotions. » LA Times

« Un film qui plaît à tous […] fusion attirante d’art, de nostalgie […], une comédie musicale, une odyssée historique et sentimentale. » Variety

« Un véritable joyau. […] Une belle ode au pouvoir de l’amitié, de la loyauté et de l’amour du patrimoine culturel national. » Afro Toronto

« Un documentaire novateur et fabuleux […] qui réaffirme la capacité de la musique d’unir les personnes. »  Chicago Sun-Times

« Un portrait émouvant de la Cuba postrévolutionnaire […], vivant et saisissant […] et une bande sonore qu’il ne faut pas passer sous silence. » Florida Film Festival

Mars 2015 CET ARTICLE FAIT PARTIE DU NUMÉRO DE Mars 2015 DE WHAT’S ON LA HAVANE LE MEILLEUR GUIDE CULTUREL MENSUEL DE VOYAGE À LA HAVANE Téléchargez notre dernier numéro de What’s On La Havane, le guide de voyages, de culture et de loisirs le plus complet sur tout ce qui se passe à La Havane, la mystérieuse et grouillante capitale de Cuba. Nous incluons des articles provenant de tous les coins de Cuba écrits par les meilleurs auteurs internationaux de voyage et de culture spécialisés sur Cuba. Notre revue digitale mensuelle en ligne peut aussi être consultée en anglais et en espagnol.


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