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Le Cubain “qui parle avec les chevaux”

Le Cubain “qui parle avec les chevaux”

Trinidad, une randonnée de quatre heures en auto au sud-ouest de La Havane, est un magnifique lieu de retraite où l’on remonte dans le 18ième siècle avec ses rues pavées en pierre où résonnent de l’écho des clip-clop des chevaux. Fondée en 1514 comme l’une des sept villes originales de Cuba, cette localité coloniale parfaitement préservée a été déclarée Site du Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 1988. Pour les visiteurs elle semble s’être conservée intacte depuis tout ce temps.

Muñoz descend d’immigrants espagnols. Avec les siècles, sa famille est devenue riche et influente avant de perdre la plupart de ses propriétés après la Révolution. Le grand-père de Julio était le gynécologue de la ville et plusieurs trinitarios sont nés, comme Julio, dans la chambre principale de cette belle maison coloniale dont il allait éventuellement hériter. (L’édition d’octobre 1999 du National Geographic reproduit une photographie de la femme de Julio, assise avec sa nièce dans un lit de style Louis XIV, sans prix et décoré d’or qui occupait jadis la pièce.)

Julio et Rosa m’ont adopté depuis longtemps comme un membre de leur famille, vivant juste là, avec les chevaux.

Ainsi, quand les Expéditions du National Geographic m’ont invité à préparer leur visite et à m’occuper de leur groupe pendant leur séjour de 10 jours: “Découvrez Cuba, sa Culture & ses Gens”, et leurs programmes “d’échanges personne-à-personne” il fut inévitable d’y inclure Trinidad et une visite à la maison de Julio et Rosa.

Le point culminant est survenu lorsque lui ou sa femme Rosa ont amené un cheval (ils en possèdent sept) qui se trouvait avec les autres dans la cour de l’étable, clopin-clopant directement dans la maison. Juste là, au milieu des meubles antiques et des deux douzaines de personnes. Les invités ont adoré!

Nos visiteurs se sont levés de leurs sièges, la bouche fendue de sourires, alors que Julio expliquait:

“J’ai été intéressé par la photographie alors que j’étais un enfant. Mais jouer dans les rues en pierres, voir des mulets, des chars à boeufs et des traditions fantastiques pour vous, a été normal pour moi. C’est le monde dans lequel j’ai grandi” dit-il, montrant une voiture tirée par un cheval qui passe à ce moment dans la rue devant la fenêtre ouverte.

“En 1996, nous avons eu la permission de louer des chambres aux étrangers, alors j’ai quitté mon emploi d’ingénieur électrique. Ma femme et moi avons réparé la maison et ouvert deux chambres comme “bed and breakfast”. Ça a changé ma vie.” Julio continue, “Posséder une casa particular ici est comme d’aller à l’université. Les Cubains n’ont pas Internet ou accès à l’information comme vous l’avez. Mais nous avons des invités de toutes les sphères d’activités, comme des photographes professionnels.”

Inspiré et encouragé par des gens tels que moi et l’ami photographe du National Geographic David Harvey (qui m’a présenté à Julio la première fois en 1999), Julio est tombé en amour avec le photojournalisme documentaire. Il a commencé à explorer Trinidad avec des yeux nouveaux.

“Je voulais tout enregistrer” continue Julio, alors que Chloe, son dalmatien de quatre ans saute dans le salon et commence à bondir sur les invités assis sur le sofa.

Les membres de mon groupe s’éventent dans l’étouffante chaleur cubaine.

“L’un des aspects les plus intéressants de Trinidad se trouve dans la campagne environnante. Je voulais photographier des campesinos—des fermiers—mais la seule façon d’y aller est à cheval,” explique Julilo, qui est habillé d’un chapeau de cowboy, d’une chemise de toile écossaise, de Levi’s qui lui descendent dans des bottes de cowboy. “Ma Lada finissait toujours par s’enliser dans la boue! Alors j’ai emprunté le cheval d’un ami, et c’est à ce moment que je suis tombé en amour avec les chevaux. Je devais en posséder un.”

Julio s’éclaire d’un large sourire. Il se tient debout, fier, alors qu’il devient soudainement silencieux. Il nous rappelle alors comment sa première jument, Diana, est morte de la colique. (Par chance, le jour précédent j’avais pris une photo de Julio embrassant le cheval. C’est l’une de mes photos favorites.) La jeune pouliche était née et avait été élevée dans sa maison coloniale. De dire Julio:”Elle vivait dans la maison et s’y promenait comme un chien. J’ai des vidéos pour le prouver.”

Mes invités ont été des entraîneurs de chevaux et des vétérinaires,” continue Julio. “Ils m’ont dit: Julio tu aurais pu sauver ton cheval!”

“Ce fut une révélation. Parce que je louais des chambres aux étrangers, je découvrais que si j’avais eu un tube gastrique, j’aurais pu sauver Diana. Les invités m’ont apporté des livres et j’ai commencé à les lire et les relire. C’est à ce moment que j’ai réalisé que les Cubains ne faisaient pas plusieurs choses correctement”. Les yeux de Julio brillent tout à coup. “Ah!…Ah! et c’est alors que j’ai appris comment fonctionnait la technique du chuchotement avec les chevaux.”

Soudainement il se retourne et s’en va: “Attendez! dit-il…J’ai quelque chose à vous montrer!”

Julio disparaît dans le zócalo—le patio arrière—et revient un moment plus tard en amenant son cheval favori, Luna de Miel, par la bride. Ses fers claquent sur les tuiles de céramique coloniale alors qu’elle se meut calmement entre les invités assis sur les fauteuils et les sofas.

Julio me pointe. “S’il chie sur le plancher, c’est lui qui devra le ramasser!”

C’est alors que Julio fait la démonstration de ses étonnantes techniques de communication avec le cheval, employant les techniques de Monty Roberts, l’imprésario du film “L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux” qui a révolutionné les méthodes d’entraînement avec son best-seller “L’homme qui écoute les chevaux” et ses documentaires sur PBS et la BBC. Son “Language d’Equus” est une langue silencieuse de gestes qui, dit Roberts, “communique au cheval un leadership calme et confiant, instillant dans l’animal une confiance complète et un désir d’être un partenaire consentant avec lequel on veut être, un complice avec son propriétaire.”

“La clé est d’utiliser la psychologie du cheval” explique Julio, amenant le cheval dans le demi-cercle d’humains, maintenant assis littéralement sur le bout de leur siège.

Le cheval est un animal de horde. Une fois que vous avez compris comment les chevaux communiquent entre eux au moyen du langage corporel dans le monde naturel, vous pouvez faire des choses étonnantes. Avec les techniques de Monty Roberts je peux établir une connection,” poursuit-il. “Le cheval est heureux. Il me fait confiance. Il a envie de me laisser faire le choses qu’un cheval ne laisserait pas les humains normalement faire.”

Julio avance alors les mains sur les yeux du cheval et étend ses doigts dans les naseaux de Luna de Miel. Le cheval ne se rebiffe pas mais endure la routine patiemment. Julio met ensuite la main dans la gueule de la jument et tire la longue langue épaisse et mouillée: “Quelqu’un veut me serer la main?”

Peu après, il se penche derrière le cheval brun et s’installe entre ses deux pattes arrière. “C’est une position très dangereuse. Ne faites pas ceci à la maison!” Le cheval ne semble pas s’en préoccuper.

“Les chevaux sont très utiles” dit-il pointant l’un de mes clients chauves. “Par exemple, vous pouvez utiliser sa queue comme une perruque.” Julio enlève son chapeau, prend la queue et la place sur sa tête, une partie de chaque côté, et il remet son chapeau.

“Le plus important, explique Julio, est l’amour. Beaucoup d’amour. Et jamais de douleur. “ Ne faites jamais mal à un cheval” insiste-t-il.

Julio tente de répandre le message aux campesinos locaux (fermiers paysans) à travers son Proyecto Diana, appelé ainsi d’après le nom de son premier cheval, mort de la colique.

De dire Julio: “La méthode traditionnelle de “briser” un cheval lui cause de la douleur et des dommages. Nous montrons aux propriétaires de chevaux qu’il est possible d’entraîner un cheval sans utiliser la violence, les méthodes traditionnelles et que l’on peut ainsi monter un nouveau cheval dans un laps de temps beaucoup plus court qu’avec un cheval qu’on “brise” par la douleur et la soumission.

Julio blague avec la façon dont les campesinos sortent les outils qu’il leur a donné quand ils savent qu’il est pour leur rendre visite, mais ça lui fait vraiment mal de voir que peu utilisent actuellement ses méthodes et que peu également ont adopté des moyens plus progressistes et plus humains avec les chevaux.

C’est un progrès lent. Malgré tout, il n’abandonne pas. Il continue d’enseigner par l’exemple, espérant que ses méthodes prendront de l’ampleur.

Julio explique à notre groupe qu’il existe relativement peu de vétérinaires et encore moins de médicaments disponibles à Cuba. C’est pourquoi les campesinos emploient des remèdes “maison” souvent inutiles ou potentiellement dommageables. Et les chevaux malades ou blessés sont laissés pour morts ou sont tués, simplement parce que leurs propriétaires n’ont pas les moyens de les soigner.

Au cours d’une récente visite, Julio a sauvé un jeune poulain à moitié mort de faim enlisé dans la boue que son propriétaire avait abandonné en train de mourir.

Notre équipe de participants des Expéditions du National Geographic regardaient bouche bée Julio conduire le poulain hors de l’étable pour démontrer, encore une fois, le remarquable lien d’affection qu’il avait établi entre lui et ce cheval.

Proyecto Diana a besoin de dons pour chausser les chevaux et se procurer d’autres outils de ferronnerie utiles et qui sont presque complètement introuvables à Cuba.

Février 2014 Cet article fait partie du numÉro de fÉvrier 2014 de What’s On La Havane Revue digitale et Guide culturel Téléchargez notre dernier numéro de What’s On La Havane, le guide de voyages, de culture et de loisirs le plus complet sur tout ce qui se passe à La Havane, la mystérieuse et grouillante capitale de Cuba. Nous incluons des articles provenant de tous les coins de Cuba écrits par les meilleurs auteurs internationaux de voyage et de culture spécialisés sur Cuba. Notre revue digitale mensuelle en ligne peut aussi être consultée en anglais et en espagnol.


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