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Professeur Clara Bienvenida Nicola Romero

Professeur Clara Bienvenida Nicola Romero

La mère a introduit l’enseignement formel de la guitare comme matière au Conservatoire municipal de musique, aujourd’hui Amadeo Roldán, où elle a exercé comme chef de chaire. Considérée comme la fondatrice de l’École moderne de guitare à Cuba, elle a fait la classe à tous ses enfants, dont trois ont opté pour la musique, parmi eux Isaac Nicola, qui a joui d’un grand prestige comme directeur du Conservatoire Amadeo Roldán et qui a créé la méthode pour apprendre à jouer de la guitare, utilisée aujourd’hui encore dans toutes les écoles de musique du pays.

C’est dans un climat où régnaient la tendresse et l’exemple de la mère que Clarita a grandi. Dans le Diccionario de Mujeres Notables en la Música Cubana [Dictionnaire des femmes remarquables de la musique cubaine], un seul mot suffit pour la définir : pédagogue. C’est en 1951 qu’elle fait ses débuts comme professeur de guitare. Elle a participé aux manifestations organisées par la Société des enfants des Beaux-arts, rattachée à la très importante institution culturelle Pro Arte Musical. Des années durant, elle a donné des leçons particulières de guitare populaire. Au triomphe de la Révolution, elle peut finalement réaliser le rêve d’enseigner à jouer de la guitare classique, suivant l’exemple de sa mère et de son frère Isaac. Professeur au Conservatoire Alejandro García Caturla, où elle a dirigé son département Musique, Clarita figure parmi les fondatrices des écoles des moniteurs d’art. Elle a créé une méthode pour l’enseignement de la musique folklorique. Elle a pris sa retraite à l’âge de 59 ans, mais elle n’a jamais abandonné sa passion pour la guitare et la profession, à tel point qu’elle continue aujourd’hui de donner des leçons particulières. Grâce à son travail méritoire, elle s’est vu décerner la Distinction de la culture nationale, la Médaille de l’éducation cubaine et le Prix d’honneur du Festival Cubadisco, entre autres récompenses et prix.

Chaque coin de son appartement, sis à calle 43 de la municipalité havanaise Playa, évoque sa profession : un repose-pied pour ses élèves, un lutrin avec un livre ouvert dans les premières leçons, une huile qui montre le visage de la mère, certains prix. Clarita est petite, mince, voûtée ; elle trébuche souvent contre les meubles du petit salon où sons placés nos câbles, un trépied pour la caméra, une lampe. Cette pièce donne accès au balcon où elle contemple le lever du jour avec son époux Salvador. Sa voix est ferme, bien qu’enrouée par l’âge et par l’émotion qu’elle éprouve en se souvenant de ceux qui ne sont plus ici-bas : les parents, les frères, le neveu Noel Nicola, membre fondateur du mouvement de la Nueva Trova, compositeur de chansons belles et populaires. Clarita, en bon professeur, a une diction très nette. Elle se souvient avec enthousiasme de ses élèves, les plus doués, et se met en colère lorsqu’elle rappelle ceux qui, malgré leur talent, ont abandonné les études. Elle parle de Edesio Alejandro (célèbre compositeur cubain qui a fait beaucoup de musique, de musique d’une bonne facture pour le cinéma et la télévision) et son visage s’illumine en rappelant la fierté qu’elle a éprouvée lorsqu’elle a vu le film Clandestinos et su que ce garçon qui avait eu du mal à jouer de la guitare était devenu un artiste accompli.

Sa passion : l’enseignement. Elle nous avoue qu’elle préfère les élèves peu doués, ceux qui, à première vue, semblent voués à l’échec, car ce sont ceux qu’elle peut aider à découvrir les capacités cachées. Notre réalisateur de vidéo, ancien élève de Clarita, qui a eu la gentillesse de nous emmener chez elle, décide de reprendre ses leçons pour la plus grande joie du professeur qui constate, qu’en dépit du temps écoulé, son étudiant n’avait jamais cessé de pratiquer et qu’il pouvait faire des merveilles avec l’instrument. En rappelant mes années d’étudiante de musique, le charme de cette dame m’a fait repenser quelque chose qui a été pour moi, pendant plus de quinze ans, une vérité absolue : mon incapacité totale à jouer comme il faut de la guitare. Je regarde cette vieille dame, encore pleine de vitalité, et je caresse l’espoir qu’un jour elle enseigne mes deux filles.

Et lorsqu’il semble que la magie a atteint ses limites, Clarita prend la guitare. C’est alors que nous découvrons la compositrice inspirée. Sa voix ne répond plus ; aussi, nous invite-t-elle à chanter. Sa guitare nous accompagne avec indulgence, gentillesse, sagesse, prévoyant d’avance les erreurs, faisant des pauses qui semblent répétées pour nous permettre de respirer. « Lorsque Clarita joue, nous pourrions nous prendre pour des chanteurs », dit mon époux, attrapé par la joie de cet instant. Même s’il se fait tard, personne ne veut s’en aller.

Les adieux sont accompagnés de la promesse d’y revenir. J’ai la satisfaction d’avoir rencontré cette femme qui s’est mariée à l’âge de cinquante ans, qui n’a pas eu d’enfants mais qui a laissé une trace de mère dans le cœur de beaucoup de personnes. Clara Nicola a été la bienvenue lorsqu’elle est venue au monde. Vous êtes la bienvenue dans mon cœur, cher professeur, notre amie dès maintenant.

Mars 2015 CET ARTICLE FAIT PARTIE DU NUMÉRO DE Mars 2015 DE WHAT’S ON LA HAVANE LE MEILLEUR GUIDE CULTUREL MENSUEL DE VOYAGE À LA HAVANE Téléchargez notre dernier numéro de What’s On La Havane, le guide de voyages, de culture et de loisirs le plus complet sur tout ce qui se passe à La Havane, la mystérieuse et grouillante capitale de Cuba. Nous incluons des articles provenant de tous les coins de Cuba écrits par les meilleurs auteurs internationaux de voyage et de culture spécialisés sur Cuba. Notre revue digitale mensuelle en ligne peut aussi être consultée en anglais et en espagnol.


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