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Théâtre cubain : passé et présent

Théâtre  cubain : passé et présent

La Havane, pour ne citer qu’un exemple, offre des spectacles pour tous les goûts, depuis le théâtre classique représenté fréquemment par la compagnie Hubert de Blanck, jusqu’aux théâtres expérimental et d’avant-garde faits par Teatro El Público ou Argos Teatro. Nombreuses sont les pièces étrangères recontextualisées, même s’il y a eu et il y a encore de nouveaux dramaturges cubains dont les pièces sont représentées pour la première fois dans les théâtres de l’île et adaptées pour le cinéma, par exemple, le film de Léster Hamlet, Casa vieja, inspiré de la pièce classique du théâtre cubain La casa vieja du dramaturge Abelardo Estorino ; ou Los dioses rotos d’Ernesto Daranas, basée sur la pièce Réquiem por Yarini de Carlos Felipe Hernández. J’avoue ma nostalgie du théâtre « d’autrefois » qui, sous les effets de la modernisation et l’adaptation, semble être menacé d’extinction. Mes filles, pourront-elles un jour pleurer avec Roméo et Juliette. Je ne sais pas. Je suis peut-être dépassée par l’esprit des nouveaux temps. Ou peut-être, je l’espère bien, nous serons témoins du retour au passé d’ici quelques années.

Des compagnies de théâtre dramatique pour adultes et de théâtre pour enfants sont présentes dans toutes les provinces. Des groupes remarquables ont surgi dans quelques municipalités éloignées des grands centres urbains, tels le Teatro de los Elementos, à Cumanayagua, Cienfuegos. À Cuba, le Festival de théâtre de Camagüey et celui de La Havane sont les manifestations théâtrales les plus importantes. Ils affichent dans leur programme des pièces emblématiques et des premières, proposées aussi bien par des compagnies cubaines qu’étrangères, et prévoient des rencontres de comédiens, dramaturges et critiques pour passer en revue les activités des artistes de l’île. Les festivals sont de grandes fêtes auxquelles participent un grand nombre de personnes.

On ne peut pas parler de l’histoire du théâtre cubain sans mentionner les areítos, cérémonies magico-religieuses et expression suprême de la culture aborigène cubaine qui fusionnait le chant, la danse, l’oralité et la pantomime. La disparition des communautés indigènes a entraîné la mort des areítos et l’occupation espagnole a donné naissance aux festivités du Corpus Christi, connues aussi sous le nom de fêtes de chars car les comédiens jouaient leurs pièces à caractère religieux, accompagnées de danses et chansons, sur des voitures aménagées dans ce but avec des scénographies et costumes improvisés.

Ce fut entre 1730 et 1733 que la première pièce de théâtre cubaine fut représentée ; le premier théâtre de l’île, El Coliseo, ouvrit ses portes le 20 janvier 1775. Des théâtres temporaires, parfois de simples estrades couvertes d’un store, surgirent à partir de 1800. Le théâtre Tacón (aujourd’hui García Lorca), qualifié comme l’un des meilleurs théâtres du monde, fut inauguré le 28 février 1838.

Il y a eu toujours, dès le début même, des personnages populaires, rigolos, mordants, qui annonçaient la critique sociale et la farce qui caractériseraient le théâtre bufo du XIXe siècle. Francisco Covarrubias, comédien et dramaturge connu comme le fondateur du théâtre national cubain, a adapté les saynètes espagnoles aux conditions et aux personnages de l’île, en recourant au langage populaire et en créant le personnage du negrito.

Le théâtre romantique remonte aussi au XIXe siècle, avec José Jacinto Milanés, poète et dramaturge à succès comme précurseur. Milanés s’est suicidé au bout de vingt ans de folie en raison, dit-on, de la passion irrépressible qu’il éprouvait pour sa cousine. Sa vie a été aussi romantique que son œuvre. Gertrudis Gómez de Avellaneda, auteur de vingt œuvres, dont tragédies, comédies, drames, adaptations et pièces en un acte, a été, elle aussi, romantique. José Martí, notre héros national, a écrit aussi des pièces romantiques. Cependant, son œuvre littéraire annonçait déjà le modernisme dans les lettres hispano-américaines.

Sous la République, le théâtre vernaculaire convoquait des publics variés. Le théâtre bufo, promu par Covarrubias, se développe avec l’introduction de nouveaux personnages comme le Galicien, la mulata et le negrito, trio qui apparaît de temps en temps sur la scène actuelle, pour critiquer la réalité à l’aide du rire. Le théâtre vernaculaire utilisait la musique comme élément essentiel, à tel point qu’un bon nombre de chansons ont gagné la faveur du public et ont été interprétées en dehors du cadre théâtral. Après 1959, ce type de théâtre a cédé sa place à de nouvelles modalités. Cependant, il a marqué la manière de faire de l’art dramatique dans l’île, en plus d’être étroitement lié au puissant mouvement humoristique qui compte aujourd’hui ses propres institutions et manifestations, la plus importante étant le Festival de l’humour Aquelarre.

À l’époque républicaine, des metteurs en scène ont fait aussi du théâtre plus « sérieux », mais moins populaire car il ne bénéficiait ni du soutien du grand public, ni du financement des institutions d’État. D’autre part, il a dû concurrencer avec le théâtre vernaculaire et avec les attraits du cinéma et de la naissante télévision. Il était fréquemment financé par les comédiens et les dramaturges eux-mêmes qui gagnaient leur vie en réalisant une multitude de travaux et qui vivaient parfois au bord de la misère. Tel a été le cas de Virgilio Piñera, dramaturge et créateur de situations et personnages très cubains qui dépassaient la superficialité du théâtre vernaculaire au milieu de l’ambiance accablante d’un pays apparemment sans issue.

Le triomphe de la Révolution a entraîné d’importants changements dans la vie théâtrale. De nouveaux groupes et salles de théâtre voient le jour dans un environnement d’optimisme euphorique, sous les auspices d’un État qui subventionnait la culture. Le travail des metteurs en scène, dramaturges et comédiens a reçu une reconnaissance sociale sans précédent. Le Teatro Nacional de Guiñol, créé avant 1959 par les frères Camejo Carril, s’étend à toutes les provinces, qui comptent dorénavant un théâtre consacré aux marionnettes et aux enfants. Teatro Estudio, l’excellente troupe impulsée par les frères Vicente et Raquel Revuelta, a représenté pour la première fois des pièces contemporaines importantes, favorablement accueillies par la critique et le public.

Dans les années 1970, le théâtre a traversé une étape sombre, caractérisée par l’intolérance et l’injustice dans la politique culturelle cubaine. Connue sous le nom de quinquennat ou décennie grise, elle a été témoin de la censure et de la dissolution de troupes. Cependant, une fois l’orage passé, le théâtre a réussi à poursuivre son chemin, en dépit des cicatrices laissées. Les promotions successives de l’École nationale de théâtre et de l’Institut supérieur d’art ont commencé à porter des fruits. Vers les années 1980, un autre groupe important voit le jour, Teatro Buendía qui, dirigé par Flora Lauten, a fait des incursions dans l’expérimentation et la recherche dans les racines caribéennes. Puis, nous avons vécu l’expérience de la dénommée Période spéciale, dans les années 1990. Un bon nombre de salles de théâtre ont fermé une fois de plus leurs portes mais cette fois-ci en raison de l’effondrement économique du pays. C’est au milieu de l’hécatombe que surgissent les controversés Teatro El Público et Argos Teatro, peutêtre la compagnie la plus solide en matière de répertoire et parcours, ainsi que Teatro de la Luna. Et plus proche de nos jours, La Carreta, le projet polémique du cinéaste Juan Carlos Cremata. Et bien d’autres compagnies.

Aujourd’hui, on fait du théâtre à La Havane et tout au long de l’île. Avec plus ou moins de succès, des comédiens, dramaturges et directeurs s’emploient à trouver le bon chemin. Si vous avez du temps, ne ratez pas, lors de votre visite de l’île, d’assister à un spectacle. Ce serait peutêtre une bonne occasion de connaître l’art dramatique et Cuba.

Octobre 2014 CET ARTICLE FAIT PARTIE DU NUMÉRO DE Aout 2014 DE WHAT’S ON LA HAVANE LE MEILLEUR GUIDE CULTUREL MENSUEL DE VOYAGE À LA HAVANE Téléchargez notre dernier numéro de What’s On La Havane, le guide de voyages, de culture et de loisirs le plus complet sur tout ce qui se passe à La Havane, la mystérieuse et grouillante capitale de Cuba. Nous incluons des articles provenant de tous les coins de Cuba écrits par les meilleurs auteurs internationaux de voyage et de culture spécialisés sur Cuba. Notre revue digitale mensuelle en ligne peut aussi être consultée en anglais et en espagnol.


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